Le Rite Emulation

LE RITE EMULATION

HISTORIQUE DU RITE

 

Lorsque la Franc Maçonnerie est passée d’opérative à spéculative au terme d’une évolution allant de la fin du XVI au début du XVIII siècle son rituel s’est modelé sur cette évolution.

Ce rituel nous apparaît comme d’une extrême simplicité, ouverture et clôture rituelle, prière initiale et finale, obligation prêtée par le candidat, communication des secrets, agapes.

Là se bornait le Rituel d’origine, celui dont tous les rites maçonniques devaient sortir, puis se ramifier et se diversifier. Le rituel s’étoffe au XVIII siècle après que le grade de Maître ait fait son apparition, (ce grade est d’ailleurs associé à une légende thématique dont tous les rites s’inspirent).

Cette même époque fut marquée par la rivalité des « antients » et des « moderns » et qui ne se termine qu’en 1813 par l’Acte d’Union d’où sortit l’actuelle Grande Loge Unie d’Angleterre.

Par crainte des divulgations, le rituel primitif s’est longtemps transmis par la seule voie orale. Lorsque la maçonnerie se fit spéculative, cette interdiction d’écrire subsistait, assortie de peines symboliques terribles. Ainsi s’explique de nos jours encore, l’obligation à ne jamais  » … écrire, marquer, buriner, sculpter etc … » les secrets bien que le rituel soit aujourd’hui écrit et même imprimé.

En 1813, une difficulté s’est posée : comment concilier le respect de l’interdiction d’écrire et la nécessité de protéger le rituel contre d’inévitables altérations, dues aux aléas d’une transmission purement orale? La Grande Loge avait recommandé une parfaite unité dans le travail maçonnique.

Cette difficulté fut résolue grâce à une institution nouvelle : les Loges d’instruction.
La Loge d’instruction était une loge fictive destinée à faire répéter les cérémonies.

1823 est l’année mémorable qui vit naître l’Emulation Lodge Of Improvement et depuis chaque vendredi, cette Emulation Lodge Of Improvement se soit réunie dans le but de répéter les cérémonies des trois grades symboliques. Elle est ainsi devenue la référence incontestée du Rite Emulation qui en a tiré son nom.

Le rituel fut ensuite conservé dans sa pureté de manière stricte, parfois même ombrageuse, par pure transmission orale et est demeuré, à la virgule près, celui de 1813.

Depuis, un réseau de Loges d’instruction, dont certaines reconnues par l’Emulation Lodge Of Improvement s’est répandu sur le globe et ont survécu jusqu’à nous.

Pour survivre dans une société dite « moderne » il fallait écrire les rituels, ce n’est qu’en 1969, que l’Emulation Lodge Of Improvement finit par céder et publia une version du rituel Emulation, autorisée par elle seule et non par la Grande Loge.

En France, l’histoire de ce rite est inséparable de celle de la G.L.N.F. D’abord pratiqué par les seules Loges anglophones il fut adopté en 1927 par la Loge Confiance n° 25 et depuis est pratiqué par le tiers environ des Loges de la G.L.N.F. qui eut enfin à son tour ses propres Loges d’instruction.

On peut noter que depuis 1987, la Loge d’instruction de Libération n° 8 à La Rochelle est la seule en France à être affiliée à l’Emulation Loge Of Improvement.

 

 

SA CONCEPTION PROPRE DE LA FRANC-MACONNERIE

 

Minoritaire dans notre pays, le rite Emulation étonne le visiteur qui assiste à une de ses tenues pour la première fois. Il n’y retrouve pas un effet des rites qu’il tenait pour essentiels, notamment la purification par les Eléments. Si l’on relit les plus vieux rituels Français on ne les y retrouve pas d’avantage.

Ces rites proviennent en effet d’un phénomène capital de l’histoire de la maçonnerie, survenue dans la 2ème partie du XVIII Siècle ; l’adjonction de l’hermétisme.

Plaqué sur le rituel d’origine, lequel était tiré du seul art de construire, l’Angleterre traditionaliste et archaïsante est demeurée rétive et l’hermétisme ne se retrouve que dans les « Side degrees ».

Le rituel de base est demeuré jalousement fidèle à l’aspect « opératif » des origines et lorsqu’au XXème siècle ce rituel reviendra en France, les Loges « Emulation » ne feront que le retrouver.
Le rite Emulation ne se donne ni pour le continuateur des légendaires Loges de St-Jean, ni pour celui des Templiers, ni moins encore de la Gnose.

Qu’est-ce donc que la Franc Maçonnerie pour le rite Emulation ?

« – Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ?

– un système particulier de morale enseigné sous le voile de l’allégorie au moyen de symboles »

La définition véritable et authentique de l’Ordre, de ses buts et sa signification spirituelle nous a été léguée en ces 2 phases par nos anciens.

L’Ordre n’est pas une école de pensée mais une école de morale. L’art Royal se place sur une autre longueur d’onde et le Rite Emulation ne fait que rejoindre nos plus anciens prédécesseurs lorsqu’il place le dialogue suivant dans la bouche du Vénérable et d’un candidat au passage.

Ce qu’elle offre à l’initié est une technique propre en vue de sa moralisation.

En quoi ce système particulier consiste t-il ? Essentiellement dans une transposition de l’opératif dans le spéculatif. Les rites d’ouverture, de suspension, de reprise, de clôture ont 2 sens : l’un opératif, l’autre ésotérique.

Le même double sens est affirmé dans l’explication des outils, du tablier et de la planche tracée.
Le but suprême de cette ascèse est l’édification du Temple de SALOMON, entendons par là celui qui est au plus profond de chaque initié, qui ne travaillera pas à la seule construction d’une œuvre humaine, mais Au Grand Architecte de l’Univers.

 

ESPRIT DANS LEQUEL IL EST PRATIQUE

 

Ce rite dérive d’un rite plus ancien et qui fut le seul pratiqué en France avant que les deux rites écossais y soient connus.

La nécessité de pratiquer le rituel par cœur (plutôt que de « mémoire ») ne se justifie plus pour les mêmes raisons qu’autrefois. Le vrai motif actuel, c’est la profondeur du rituel, et nombreux sont les FF et SS qui en ont fait l’expérience: plus on l’approfondit, plus on le découvre et dès lors, plus on s’initie.
Un mot peut découvrir brusquement des horizons insoupçonnés.

Les « travaux » au sens moderne n’existaient pas dans la tradition du XVIIIème siècle.

La prédominance du rituel sur les planches doit être bien comprise. Le rite Emulation n’a jamais explicitement interdit les planches mais il professe que le cœur de la maçonnerie est dans son rituel.

L’utilité des planches selon le rite Emulation semble se situer à un autre niveau : elles sont l’objet de loges spécialisées dites loges de recherche. Mais comme dans toute la Franc-Maçonnerie pour chaque augmentation de salaire un travail doit être rendu.

 

UN MOT ENFIN DU ROLE DE L’AGAPE

 

Dans la conception Emulation, l’Agape a un caractère rituel et est soudée à la tenue.
De là, son caractère obligatoire, car elle n’est autre chose que la continuation des travaux sous une autre forme.

Autant en Loge l’ambiance doit demeurer solennelle, VSL ouvert, autant à l’Agape, le climat est fraternel, Agape ne signifiant-il pas Amour Fraternel ? Mais il suit un ordre et une rituellie bien établis : après les santés, un sujet de table est discuté avec une prise de parole organisée. Et c’est après que sont clôturés les travaux.